chasser le naturel



Virgílio Ferreira

mardi 21 juillet 2015

le tonton Rémi



Il était un des frères de ma mère,
le parrain d'une de mes soeurs ;
un bon gars des îles.

Moi, j'avais eu le tonton-tata,
autre frère de ma mère,
autre bon gars des îles.

Donc, le Rémi, dans mes souvenirs de môme,
c'était celui qui avait une bagnole, Choupinette,
un petit camion-plateau qui nous faisait bicher,
qui nous enivrer par ses effluves d'essence,
nous faisait rêver des heures, assis dans l'habitacle,
à tourner le volant à branler le levier des vitesses,
à l'arrêt, dans l'impasse,
cité Clémenceau.

Rémi, c'était aussi l'Argui Izarra, un chalutier basque
avec lequel il pêchait la sardine au large de Cordouan,
la fameuse Royan, demi-sel
qui se mangeait, telle quelle,
avec des patates à l'eau
et du bon beurre aux grains de sels.

Aux beaux jours, pêcher la sardine dans l'océan,
quel spectacle : le filet nègre,
de la couleur de l'appât jeté par poignées, d'un doris,
puis qui enserre le poisson bleu
contre la coque bleue frappée
de lumières marines.

Rémi,
la première fois qu'il te voit dans ton berceau, il te dit :
"bonjour marin" et t'embrasse fortement,
tu es dans la lignée des îliens et descendants.

Quand il te voit cinquante piges plus tard, il te dit :
"salut marin" et t'embrasse, comme il se doit ...

Sa fraternité à lui c'était une arche de Noé.

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