chasser le naturel



Virgílio Ferreira

lundi 10 novembre 2014

“ Où la mémoire s’attarde”


Dans notre Europe, en France surtout, le paysage change souvent. Derrière la fenêtre du train défilent les bois, les villages, les champs cultivés, les pâturages. La traversée de la Chine est un panorama peuplé, mais immobile. Pendant des heures et des heures, le même tableau se déroule qui ne changera qu’après des centaines de kilomètres, la colline succédant à la plaine.

Le visage rivé à la fenêtre, j’entendis ouvrir la porte de mon compartiment. Le personnage qui entra, le bras derrière le dos, ne me regardait pas. Il parcourut des yeux le petit volume d’air dans lequel je vivais. Soudain, son bras caché se détendit d’un mouvement brusque pour frapper un coup sec sur la paroi derrière mon siège et il repartit silencieux sur ses sandales de coton. C’était le tueur de mouches du train. Comme le vendeur de thé, il devait repasser toutes les deux ou trois heures. Quand il avait pu frapper, un vague sourire éclairait son visage. Je marmonnais “siésié”, “merci”, ce qui épuisait mon vocabulaire local.


Raymond Aubrac
“ Où la mémoire s’attarde”


4 commentaires:

  1. Chouette la citation mais de quand date le livre ?

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    1. :-)

      jean-michel ...

      Auteur(s) : Raymond Aubrac
      Collection : Poches Odile Jacob
      Paru le : 1 juin 2000
      Nombre de pages : 480 pages
      LIVRE PAPIER
      EAN13 : 9782738108500
      ISBN : 2738108504
      Format : 108 x 178 mm (poche)
      Prix : 11.90 €

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    2. C'est quoi l'EAN13 ?
      Non, je plaisante. Merci pour cette référence.

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