chasser le naturel



Virgílio Ferreira

dimanche 12 octobre 2014

in "L'usage du monde"


Route de Kazvin

D'abord elle suit le fond d'une vallée plantée de saules. Les montagnes sont rondes et toutes proches, la rivière bruyante et les gués mauvais. Puis la vallée s'évase, devient un large plateau marécageux encore taché de neige. La rivière s'y perd, le regard aussi. La première ondulation est à vingt kilomètres et l'oeil en distingue une douzaine d'autres jusqu'à l'horizon. Soleil, espace, silence. Les fleurs ne sont pas encore sorties, mais partout les loirs, les campagnols et les marmottes creusent comme des démons dans cette terre grasse. Chemin faisant on rencontre aussi le héron cendré, la spatule, le renard, la perdrix rouge, et parfois l'homme et son allure de flâneur qui dispose de son temps. C'est une question d'échelle, dans un paysage de cette taille, même un cavalier lancé à fond de train aurait l'air d'un fainéant.


in "L'usage du monde"
de Nicolas Bouvier
 
Petite Bibliothèque Payot

ISBN 2-228--89401-X

2 commentaires:

  1. On a beau savoir qu'on a tort de classer les gens, Bouvier n'était pour moi qu'un mauvais produit de marketing. Grâce à cette citation, je vais réviser ma vile opinion.

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    1. Quelle modestie dans cette "vile" opinion ; quelle obscurité dans ce coup de latte.
      La bien venue révision ne saurait souffrir d'un imperceptible retard !

      :-(

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