chasser le naturel



Virgílio Ferreira

mercredi 12 février 2014

Debout Canis familiaris, allons !


Un automne, je suis allé chez mon vieux, à la Pointe de Grave, dans le bas-Médoc. Il venait d'avoir un chien, jeune, blond ; un jeune labrit, berger des Pyrénées à poil mi-long.

A mon premier réveil, le lendemain, avant les lueurs orientales, je vais pisser un bock dans les yeuses du voisin et le clebs m'accompagne, arrosant une autre cépée. On discute quelques bribes sous un passage de bihoreaux et on s'entend aisément pour aller faire un tour d'estran au pied des dunes derrière lesquelles se planque encore le soleil.

Le ciel est clair, c'est morte-eau et grand silence, les vagues, en provenance du large d'un golfe hâbleur, s'écroulent avec peine dans un fracas ridicule amusant tourne-pierres et bécasseaux à gambettes orange ; ce qui ne m'empêche pas de distinguer le vertex caractéristique de l'avocette-pie, solitaire, en chasse au ras d'un sable probablement sec, dans une dépression de terrain, quasi cachée par un cordon de laisses de mer ...
Je m'accroupis et le chien se tapit à mon flanc et nous progressons ainsi, inconfortablement sur cinq-six mètres. Un souffle mal maîtrisé, semble alerter la limicole alors que nous nous allongeons ...

L'animal se redresse, scrute en notre direction sans discerner quoi que ce soit de dangereux pour son occupation vitale ; elle vaque à nouveau et progressivement nous rejoignons un bois flotté de forte section qui nous permettra de nous redresser un peu et de profiter de l'avocette alors distante de six mètres.

Un premier vent thermique visible et non perceptible par nous soulève quelques couvertures noires de la nuque de l'oiseau, quand le soleil franchit, dans notre dos, la sommité de la dune de Maison de Grave.

Nous profitons durant de longues minutes de ce plaisir rare, jusqu'à ce que sept spatules, terminant au ras des flots leur traversée de l'estuaire, entraînent dans leur sillage le limicole au bec cintré, cap au sud ...

Debout Canis familiaris, allons !

4 commentaires:

  1. Belle parenthèse ;-)
    Céline & Philippe

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    1. je ne sais pas faire de confiture de pareille expérience. Mais que chacun en profite !

      :-]

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  2. A la lueur de ce joli texte, il me souvient des textes de Maurice Genevoix sur la Sologne.

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    1. connais pas cet artiste, j'entends autrement que de renommée. :-\

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